Éric Zemmour: les vraies raisons de son échec

Qu’on aime ou qu’on déteste l’homme et ses idées, on ne peut rester indifférent à son amour de la France, à la sincérité de ses discours et au dynamisme de sa campagne électorale.

J’ai été attiré au début de sa campagne par l’homme qui voulait donner un grand coup de pied dans la fourmilière politique. De plus, bien que ne partageant pas toutes ses idées, je le trouvais attirant par sa gentillesse, sa sincérité, sa connaissance, ses discours qui donnent envie de se battre. Nous avons en commun également la même histoire, l’immigration, le déracinement, l’adaptation, l’incertitude, les études supérieures et l’amour de la France de notre enfance. Comment expliquer que Reconquête, un parti politique de moins d’un an avec 120000 adhérents à jour de cotisation, qui est monté dans les sondages à plus de 17% pour l’élection présidentielle, qui a réussi à rassembler au Trocadéro plus de 100.000 personnes, ait finalement échoué à l’élection présidentielle et aux législatives en réalisant un score de moins de 5%, ce qui ne lui donne aucun député à l’Assemblée Nationale ? Pourquoi ce manque de performance alors que tous les feux étaient au vert ? S’est-il essoufflé en fin de campagne parce qu’il est parti trop vite et trop tôt ? A t’il été mal conseillé ? Bien que n’ayant pas fait l’ENA, la stratégie qu’il a adoptée est digne des enseignements de cette école. Il assume son échec dont il prétend être le seul responsable. Un ressenti qui n’est pas partagé en interne de Reconquête du fait de l’omniprésence et de l’influence de certaines personnes.
Je regrette que son équipe n’ait pas lu l’excellent livre de mon ami Richard ABITBOL « le Monde d’Après » aux Éditions du Possible (2021), pour mieux cerner la France de demain dans le domaine politique, judiciaire, institutionnel, économique, éducatif,…

Sa stratégie était basée sur sa personne et sur une succession de polémiques destinées à faire le buzz. Son ciblage de réunir les droites s’est avéré difficile à réaliser. Quand un nouvel acteur arrive sur le marché politique et qu’il dit ouvertement qu’il veut prendre une partie des électeurs de LR et du RN, il ne doit pas s’attendre à recevoir des fleurs de leur part ! Ce très mauvais ciblage a fait aux  yeux des Français de Marine Le Pen une femme beaucoup plus sympathique et fréquentable et, de plus, il lui a servi de paratonnerre contre les médias. Mais au-delà de son échec d’implanter Reconquête territorialement à l’Assemblée Nationale, son projet d’Union de la droite qu’il avait appelé de ses vœux à plusieurs reprises n’a été suivi ni par le RN ni par LR.  Pour le moment, cet argument n’aura pas convaincu ni les électeurs, ni les dirigeants de ces partis. Il est bon de se rappeler que, lors de la dernière décennie, ceux qui se sont emparés de ce thème ont été aussitôt entraînés dans les abîmes.

Eric Zemmour, victime des diverses polémiques dont il a fait l’objet (Pétain, Dreyfus, les prénoms, les handicapés, les réfugiés ukrainiens…),  n’a été interrogé par les médias que sur ces sujets et n’a malheureusement pas pu expliciter en détail son programme. Visiblement, il ne disposait pas d’une équipe large et solide pour le démultiplier. Il aurait plutôt dû  utiliser  la stratégie de ses moyens et ne pas partir à la chasse à l’éléphant avec une carabine à plomb. Il aurait dû préférer la stratégie du contournement comme dans l’art de la guerre, l’eau contourne les pics élevés pour les encercler, au lieu d’une stratégie d’affrontement et de clivage. Lorsque deux pierres s’affrontent elles ne se consolident pas contrairement à l’eau qui se consolide par l’apport des rivières rencontrées lors de son cours. C’est la stratégie gagnante des réseaux !

Cette stratégie de polémiques permanentes est très difficile à gérer si vous avez tous les médias contre vous. Par contre sa stratégie sur les réseaux sociaux était bonne mais a échoué à le faire élire, insuffisante face au rouleau compresseur politico-médiatique.

Au temps du Général de Gaulle, le pouvoir n’était pas contesté et les Français le comprenaient, mais les comportements ont changé, les rigidités ne sont plus acceptées même si elles sont tolérées. Toutes ces polémiques ont donné l’opportunité aux médias de faire passer Eric Zemmour pour un homme rigide et sans cœur, alors que ceux qui le connaissent savent que ce n’est pas la réalité. Il s’est malheureusement comporté pendant sa campagne contre sa nature en ne revenant pas sur ce qu’il a dit même sur des sujets sensibles aux électeurs comme les réfugiés ukrainiens.

Éric Zemmour s’adresse à un électorat bourgeois, éduqué, qui est sensible à ses références historiques et littéraires. Mais cet électorat est sociologiquement minoritaire en France. Les questions civilisationnelles qu’il met en avant n’intéressent pas encore tous les français et ne constituent pas pour le moment le cœur de leurs préoccupations. Il pensait faire confiance au bon sens des français mais il a oublié une expression qu’employait souvent le Général de Gaulle : « les français sont des veaux »  quand il les voyait ne pas réagir ou se considérer comme battus avant même d’avoir engagé le combat ! Eric Zemmour l’a bien compris, les français lui ont tourné le dos dès le moindre obstacle. Finalement, la France mérite les dirigeants qu’elle élit !

Pour gagner il faut aussi que toutes les planètes soient alignées, ce ne fut pas le cas pour la Russie qui a envahi l’Ukraine. Les journaux asiatiques et américains parlaient déjà d’une invasion de l’Ukraine qui se ferait après les jeux olympiques de Pékin. Éric Zemmour aurait dû être beaucoup plus prudent sur son soutien à Vladimir Poutine. Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen avaient aussi des liens avec la Russie, alors pourquoi eux n’ont-ils pas subi le même traitement ? Éric Zemmour en plus de « l’effet drapeau » dû à la guerre d’Ukraine a servi de paratonnerre à Jean Luc Mélenchon et à Marine Le Pen.

Je ne lui jette pas la pierre pour son échec, il a réussi contre tous à imposer ses idées et se battre contre tous les médias décidés à le détruire. Qu’on aime ou qu’on déteste l’homme et ses idées, on ne peut rester indifférent à son amour de la France, à la sincérité de ses discours et au dynamisme de sa campagne électorale. Il est l’homme qui a brisé le plafond de verre pour introduire dans le débat médiatique des sujets dont aucun politique n’avait jamais osé parler publiquement.  Il clame sa peur de voir la France traditionnelle, celle des clochers et de la baguette, disparaître sous le coup du politiquement correct. Il ne se présentait pas comme politicien de métier mais comme homme d’état et comme disait James Freeman Clarke « la différence entre le politicien et l’homme d’état c’est que le premier pense à la prochaine élection et le second à la prochaine génération ».

Tous les thèmes qu’il a défendus reviendront un jour devant la scène politique, avec certainement plus de violence. L’expérience nous enseigne que nous avons toujours tort lorsque nous sommes trop en avance !

 Hervé Azoulay

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